(Actualisé avec Guterres §13-14)
par Idrees Ali, Phil Stewart, Shariq Khan et Marianna Parraga
Le président américain Donald Trump a ordonné mardi le blocus de tous les pétroliers visés par des sanctions entrant ou quittant le Venezuela, accentuant davantage la pression sur le gouvernement du président Nicolas Maduro, qui tire une grande partie de ses revenus de la rente pétrolière.
Un flou demeure sur la manière dont l'administration Trump va mettre en oeuvre le blocus des pétroliers sanctionnés. Il est possible que Washington sollicite les garde-côtes, comme il l'a fait la semaine dernière pour saisir un pétrolier au large du Venezuela.
Via son réseau social Truth, le président américain a déclaré avoir désigné le "régime vénézuélien" comme "organisation terroriste étrangère", justifiant cette décision par "le vol de nos avoirs et à cause de nombreuses autres raisons, dont le terrorisme, le trafic de drogue et la traite d'êtres humains".
"Par conséquent", a-t-il écrit, "j'ordonne le blocus total et complet de tous les pétroliers sanctionnés qui entrent, ou quittent, le Venezuela".
Le gouvernement vénézuélien a dénoncé les mesures annoncées par Donald Trump, qualifiées de "menace grotesque".
Un blocus de facto est déjà en place depuis plusieurs jours, des navires transportant des millions de barils de brut ayant préféré rester dans les eaux vénézuéliennes plutôt que de risquer d'être saisis sur ordre des Etats-Unis.
Cette situation a entraîné une nette diminution des exportations de brut du Venezuela et elle s'est aggravée avec la cyberattaque dont a été victime cette semaine le groupe pétrolier public PDVSA.
Si de nombreux navires venant s'approvisionner en pétrole au Venezuela sont visés par des sanctions américaines, d'autres navires en provenance d'Iran et de Russie n'ont pas été sanctionnés, tandis que certaines compagnies - en particulier le groupe américain Chevron CVX.N - continuent de transporter du pétrole vénézuélien.
Sollicités, le Pentagone et les garde-côtes américains ont renvoyé les questions à la Maison blanche.
L'élu démocrate texan Joaquin Castro a qualifié le blocus "d'incontestable acte de guerre". "Une guerre que le Congrès n'a jamais autorisée et dont le peuple américain ne veut pas", a-t-il ajouté sur le réseau social X.
L'ONU APPELLE AU CALME
S'exprimant lors de sa conférence de presse quotidienne, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a prié l'Onu de s'impliquer dans ce dossier, rappelant que son pays s'opposait à toute intervention ou ingérence étrangère dans les affaires vénézuéliennes.
"J'appelle les Nations unies à remplir leur rôle. Elles n'ont pas été présentes. Elles doivent assumer leur mission pour éviter tout bain de sang", a-t-elle déclaré.
Antonio Guterres, le secrétaire général de l'Onu, a appelé quelques heures plus tard à la retenue et à la désescalade des tensions entre Washington et Caracas, a rapporté son porte-parole adjoint, Farhan Haq.
Le Portugais a demandé aux deux pays "d'honorer leurs obligation au regard du droit international, qu'il s'agisse de la Charte des Nations unies ou d'autres cadres juridiques afin de préserver la paix dans la région", a-t-il dit.
Les Etats-Unis imposent des sanctions contre le secteur vénézuélien de l'énergie depuis 2019. Les opérateurs et les raffineurs se procurant du pétrole vénézuélien ont eu depuis lors recours notamment à une "flotte fantôme" de pétroliers masquant leur localisation.
Donald Trump, qui ne fait pas mystère de son hostilité à l'encontre de son homologue vénézuélien Nicolas Maduro, a ordonné ces derniers mois le déploiement de milliers de soldats et de près d'une dizaine de bâtiments de guerre américains dans les Caraïbes.
Il a récemment déclaré que les Etats-Unis frapperaient sous peu le Venezuela, tandis que l'armée américaine a multiplié les frappes meurtrières au large du pays contre des navires accusés de transporter de la drogue, tuant au moins 90 personnes et dépit des réserves juridiques soulevées par plusieurs élus.
Nicolas Maduro reproche à Washington de vouloir le chasser du pouvoir et de mettre ainsi la main sur les ressources pétrolières du Venezuela, pays membre de l'Opep.
S'exprimant mardi avant l'annonce de Donald Trump, le président vénézuélien a dénoncé la volonté de la "droite impérialiste et fasciste" de "coloniser le Venezuela afin de prendre le contrôle de ses richesses pétrolières, gazières et d'autres minerais".
"Nous avons fait le serment absolu de défendre notre patrie et la paix va triompher au Venezuela", a-t-il ajouté.
(Idrees Ali et Jasper Ward à Washington, avec la contribution de Shariq Khan, Marianna Parraga et Julia Symmes Cobb; version française Jean Terzian et Nicolas Delame, édité par Sophie Louet)

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